Le récit de mon accouchement

Les récits d’accouchement peuvent être perçus comme trop intimes à être relatés. Or dans mon cas, lorsque j’étais encore enceinte, j’étais toujours curieuse d’entendre les témoignages des mamans. Peut-être pour rechercher un peu de réconfort ou tout simplement tenter de m’en faire une idée, afin que je puisse m’auto évaluer. Et également tenter de me situer en connaissance de mes capacités.

Sans être complètement opposée à la médecine d’aujourd’hui, je suis plutôt adepte du laisser faire naturellement. Dans le cadre de l’accouchement, cela m’a paru complètement naturel de vouloir accoucher sans faire appel à la péridurale. J’ai souhaité vivre pleinement cet instant si singulier. Jamais je ne pourrais être sûre de le revivre une nouvelle fois, alors autant le vivre à fond !

Partout, il est dit de nombreuses choses à propos de la douleur provoquée par le travail, sans jamais évoquer tout ce qu’il y a autour. Heureusement nous vivons dans une époque en transition, qui appelle au retour à la simplicité, à la considération du corps et de l’esprit.

Mon témoignage est avant tout un récit, et non pas un partage d’opinion. Je ne souhaite en aucun cas laisser penser qu’il est mieux de choisir tel ou tel mode d’accouchement.

Par mon choix, je me suis tout d’abord renseignée sur ce que propose la maternité la plus proche de chez moi. J’ai été rassurée d’apprendre qu’elle propose tout un dispositif pour les accouchements physiologiques. Le choix de la maternité est primordial. Dans mon département il n’y a pas de maison de naissance, et aucune sage-femme libérale ne pratique l’accouchement à domicile. Certes, ça n’autorise pas toutes les libertés pour les femmes, mais sachez que de nombreuses maternités se tournent vers cette tendance physiologique longtemps mise de côté.

J’avais connaissance des violences obstétricales. Le suivi de ma grossesse s’est très bien passé, je n’ai subi aucun examen douloureux et j’ai toujours eu à donner mon accord. Je me suis sentie respectée en même temps qu’être écoutée.

Il est avant tout important d’écouter son instinct, et faire part de son projet de naissance à l’équipe qui se trouvera à vos côtés le jour J. Le personnel est habitué. Dans mon cas, les sages-femmes sur place ont même anticipé mes souhaits en me posant des questions presque d’emblée.

La durée du travail dans mon cas peut s’évaluer facilement à 26h (oui, vous avez bien lu !) et la poussée, 20 minutes ! Tout à commencé le jeudi 26 lorsque depuis la nuit, je perdais une sorte de liquide au compte goutes, qui m’a mis le doute. J’en ai fait part à mon conjoint et nous nous sommes mis d’accord pour faire une visite aux urgences maternité. Sait-on jamais ! J’ai bien envie de vous dire qu’il ne faut pas hésiter à aller aux urgences maternité, surtout lorsqu’il s’agit du premier. Ce n’est pas simple de savoir et reconnaître les signes. Aux urgences, la sage-femme qui m’a examinée nous a dit qu’il ne s’agissait que de pertes blanches, très liquides car ça approchait. Mon col n’était déjà plus qu’à 1 cm avant d’être effacé. Puis, elle m’a parlé d’éventuels spasmes et pertes de sang que j’aurai dans la soirée, après l’examen qu’elle a effectué, avant de conclure sur « nous allons peut-être nous revoir bientôt ! ».

Alors, les spasmes et les pertes de sang, j’en ai eu dès la soirée, elle ne s’est pas trompée ! D’ailleurs ces fameux spasmes ne se sont pas estompés, bien au contraire, ils n’ont fait qu’augmenter. Toute la nuit… Jusqu’au petit matin où j’ai avalé un petit-déjeuner et pris un bain chaud qui m’a fait énormément du bien. Instinctivement, j’ai dompté ces « spasmes » en utilisant la méthode apprise lors des cours de préparation. Difficile de s’en rendre compte sur le moment, mais ça aide énormément. J’ai fait beaucoup d’aller-retour dans le couloir et les escaliers, jusqu’au moment où j’ai dit à mon conjoint qu’il fallait faire quelque chose, que je n’en pouvais plus. Je ne pouvais plus m’asseoir et ces « spasmes » augmentaient en fréquence toujours plus.

Du fait que j’avais décidé que je ne pouvais plus rester assise, mon conjoint m’a suggéré l’ambulance pour se rendre à la maternité. Désemparé, il appelle, tente d’expliquer et finalement c’est à moi de décrire mes douleurs. Pas simple de gérer entre deux contractions. Ah oui, parce qu’en fait, il s’agissait bien de contractions ! Je reviens dessus bientôt ! Dans l’ambulance, la femme qui était à mes côtés comptait le temps de pause entre les contractions : 3 minutes.

Arrivée à la maternité, j’ai été accueilli par une sage-femme loin d’être bienveillante. J’ai eu le droit à la réflexion suivante : « Vous prenez l’ambulance pour vous rendre à la mat’ à cause de vos contraction ?! Ça se voit que c’est votre premier ! ». Sachez qu’il faut bien 30 minutes en voiture de notre domicile à l’hôpital!  Bon, passons, je tente d’expliquer pourquoi je suis venue. A cause de ces foutus spasmes qui ne veulent pas passer. Cette même sage-femme m’explique à nouveau sur un ton ferme. « Ne cherchez pas, ce sont des contractions de travail. On va vous examiner, et vous garder ! ».

J’avais la hantise d’avoir à rester couchée sur leur lit, branchée au monitoring. Difficile de gérer la douleur en restant allongée… !

Beaucoup de choses se sont passées à ce moment même, je ne me souviens plus l’ordre exact. Une autre sage-femme m’a examinée, elle m’a dit à combien j’étais dilatée, mais il a fallu que je le redemande après car je n’avais pas bien compris. Je suis arrivée à la maternité en étant dilatée à 4, il était midi. Je me souviens avoir appelé mon conjoint aussi, pour lui annoncer qu’on me gardait. Genre, ah oui, on me garde et pour de bon ! – Autrement dit, je ne réalisais pas, et lui non plus d’ailleurs !

Par la suite, j’ai été déplacée directement dans la salle d’accouchement. Toujours avec le monitoring branché, cette saleté de truc qui avait le don de m’énerver. Pourtant, j’ai réussi à me calmer. Sans doute parce que j’étais soulagée d’apprendre qu’il s’agissait du vrai travail. Et j’ai continué alors à respirer comme on m’a apprit, ce qui m’a permis de me reposer – un peu. J’arrivais à m’endormir entre deux contractions. Mon conjoint m’a rejoint, j’ai réussi à tout lui raconter et même discuter avec lui. Lui qui doutait fortement de tenir jusqu’au bout, ce fut merveilleux de l’avoir à mes côtés tout au long de cette longue journée… !

La seule obligation médicale qui s’imposait, était la pose du cathéter – au cas où. J’évoque ici ce passage parce qu’il m’a marqué. Installée sur un ballon depuis un bon moment déjà, je prenais un rythme assez bon et commençais à m’habituer à mon corps en plein travail. Cela m’a beaucoup aidé, de me concentrer sur l’instant surtout au moment où la jeune femme étudiante s’est loupée en voulant me poser le cathéter. Il a fallu supporter une contraction pendant le second essai.

En parlant du ballon, se fut un soulagement de se poser dessus, mon dos étant vraiment trop sollicité lorsque j’étais allongée. Je pense être restée bien 2 à 3h dessus, j’en ai même profité pour me désaltérer et me restaurer, pendant que mon bassin s’ouvrait doucement, mais surement. Le ballon a l’avantage, en plus de soulager, d’aider le travail.

L’équipe sur place m’avait fait remarquer que mon travail sera long. Je suis restée toutefois sur mon souhait de ne pas avoir la péridurale et l’équipe n’a pas insisté outre mesure. J’ai appris par là même que par mon choix d’accoucher naturellement, les contrôles du col ne sont pas systématiques. J’ai demandé s’il était possible de m’examiner et d’avoir accès à la baignoire par la suite.

Ce fut à nouveau l’étudiante qui m’examina, mais je voyais bien qu’elle n’était pas vraiment sûre d’elle. Aux alentours de 17h, l’étudiante me dit que je n’étais qu’à 5/6. J’avoue qu’à ce moment même j’ai eu un doute, un petit instant de panique. Heureusement la sage-femme m’examina à mon tour et sut me rassurer. « Vous êtes à 8 Madame ! ». Puis, le temps de préparer la baignoire, j’ai pu en profiter jusqu’à 20h si je m’en souviens bien.

La baignoire m’a bien soulagée aussi et comme le ballon a aidé le travail. J’ai bien ressenti les contractions s’accélérer et l’eau chaude couplée de la technique de respiration s’est avéré très efficace, surtout lorsque – sur conseil de la sage-femme – je devais accompagner les contractions  jusqu’au bout. A ce moment même, je ne réalisais pas que j’avais fait le plus gros et qu’il ne me restait que quelques heures. Les heures les plus intenses, pendant lesquelles je ne sais toujours pas où je suis allée puiser l’énergie. A partir du moment où, en accompagnant les contractions jusqu’au bout, j’ai perdu les eaux (dans la baignoire), j’étais comme transportée, ailleurs, face à moi-même et ma force intérieure.

Je ne pouvais plus rien faire, ni dire. Mon conjoint ne pouvait plus rien pour moi et je reste encore émue du courage qu’il a eut ! (Parce qu’il est plutôt de nature angoissé et peu sûr de lui). En y réfléchissant, j’aurais préféré retourner sur le ballon, au lieu qu’on m’installe à nouveau sur le dos pour aider bébé à descendre dans le bassin. Mais je n’étais plus en capacité de demander quoique ce soit. J’étais à la merci des contractions de plus en plus intenses, surtout qu’à chaque instant, je trouvais la force de lâcher prise. J’entendais parfois des bribes de conversations, et sentais bébé gigoter encore et toujours même si elle avait entamé la descente. Je m’endormais entre les contractions jusqu’à ce qu’elles me réveillent et je me souviens avoir vu 23h56 sur l’horloge digitale.

A partir de cet instant, on m’a fait comprendre qu’il était temps de pousser. Gérer les contractions en même temps qu’on m’installait fut douloureux et d’ailleurs, je dus m’y reprendre plusieurs fois avant de pousser correctement sans me fatiguer d’avantage. Les sages-femmes dans mon souvenir furent un peu brusque verbalement avec moi, dans l’unique but que tout se passe le mieux. Je ne me souviens pas vraiment avoir senti bébé sortir. En fait, la sensation était vraiment étrange, j’étais comme anesthésiée. Je crois avoir poussé 3 ou 4 fois, et en 20 minutes plus quelques frayeurs, Elisa était sortie. J’étais à moitié dans les vapes, j’ai entendu mon conjoint dire « elle est là », je l’ai vu quand la sage-femme l’a soulevé et me l’a mise dans les bras.

L’intensité du moment s’efface d’un coup, d’un seul. Elle est là, dans mes bras. Elle crie, elle m’apporte sa chaleur. En un instant, j’ai tout oublié de ces longues heures de travail. J’appelle mon conjoint (alors qu’il vient d’assister à toute la scène de la poussée) et nous la regardons, la caressons et lui parlons. Les sages-femmes nous on laissé ce temps, si précieux.

Par la suite, viennent le coupage du cordon et les examens habituels, pour moi et pour bébé. Tout est calme, les sages-femmes me félicitent pour mon courage. Plusieurs fois elles m’ont dit que je gérais bien, ce qui m’a bien encouragé tout au long de ces interminables heures ! Et malgré cela, je m’en sors plutôt bien pour un premier. Aucune complication, aucun recours aux forceps ou ventouse, ni épisiotomie. Uniquement une petite déchirure naturelle qui m’a valu 2 points de sutures.

Je suis admirative face à cette force et beauté de la nature, je regarde souvent ma fille avec émerveillement. Je suis allée aux confins de moi-même, j’ai puisé dans mes ressources toute la force que j’avais. Je dois admettre que je suis fière de moi, car je me suis prouvée que j’en étais capable et que je recommencerai de toute façon, lorsqu’il le faudra. Évidemment que deux semaines après, je suis encore fatiguée, que je vis au ralenti, mais tout ça en vaut le coup !

Au-delà de l’envie de vous faire partager mon expérience, l’écrire fut pour moi un moyen de me remémorer ces instants.

Pour les futures mères se posant la question d’avec ou sans la péridurale, je vous invite à suivre les cours de préparation à la naissance, pendant lesquelles vous pourrez poser vos questions et faire part de vos doutes. Aussi, écoutez votre instinct, ne vous faites pas peur ! Et pour terminer, vous pouvez également lire un peu de littérature grise, comme le dernier livre d’Aurélie Surmély, Accoucher sans péridurale – Pour un accouchement naturel en pleine conscience, aux éditions Larousse.

2 thoughts on “Le récit de mon accouchement

  1. Pour mes 2 accouchements, ma hantise était moi aussi qu’on me « force » à rester allongée alors que c’est justement ce qui me faisait le plus mal durant les contractions !
    J’ai pu échapper à la pose de cathéter car mon travail a été relativement rapide pour les 2, et je n’en suis pas mécontente car je garde un tel mauvais souvenir de la ponction lombaire que je voulais tout faire pour éviter ça (même si ce n’est pas tout à fait la même chose j’en suis consciente ^^).
    Le monitoring, pour Julian, c’est Ludo qui l’a subi le pauvre ! J’étais installée sur le ballon penchée en avant pour soulager mes contrax, mais du coup le monitoring ne captait pas le coeur de Juju, alors c’est Ludo qui était obligé d’appuyer -_- il en a eu des crampes et en plus il se faisait enguirlander par la sage-femme qui lui faisait comprendre que dans l’histoire c’était moi qui allait souffrir le plus alors il pouvait bien compatir O_o lol
    Bref je suis d’accord avec toi, quand on est dans l’optique d’accoucher naturellement, on a les ressources pour se mettre dans sa bulle et se concentrer sur soi et son bébé. Mais je regrette ces actes qu’on nous impose malgré tout (touchers, monitoring, cathéter, perf, etc) et qui rendent l’instant beaucoup moins magique qu’on le souhaiterait.
    J’ai regretté également pour mes 2 accouchements de n’avoir pas pu accoucher dans une position plus physiologique. A l’approche de la délivrance, on vit des instants tellement intenses qu’il est impossible de prendre quelque décision que ce soit, de dire quoi que ce soit; et quand on choisit d’accoucher sans péridurale, l’équipe soignante a peur que la maman ne gère pas jusqu’au bout, a besoin de pouvoir maîtriser la situation, et ça peut aller à l’encontre du projet de naissance.
    Je te félicite en tout cas, tu as géré comme une chef! Je suis contente que ma super coupine ait pu vivre cela tout comme moi, et te souhaite de le vivre encore !

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